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Blog - Clinique St-Amour

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Ceci est mon histoire

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ecrire-anorexie-boulimieJe voulais être une ficelle, petite, fine, légère. Je voulais une main dans la mienne. Je voulais devenir cette lumière invisible, une lumière, une petite flamme, une petite flamme qui voulait se faire aimer tout simplement. Plus elle avançait, plus elle ignorait qui elle était. Cette petite flamme que j'étais n'avait que 14 ans quand tout a commencé. Je brûlais de rage à l'intérieur, je me détestais, je détestais tout autour de moi, je détestais tout de moi. De l'extérieur, rien ne paraissait, j'avais tout de l'adolescente normale....normal...je voulais tout simplement être normale...

Lorsque j'avais 8 ans, j'ai été victime d'attouchements par quelqu'un en qui je devais avoir confiance. Je n'ai réalisé que bien plus tard qu'au fond, la petite ficelle que j'étais s'est brisée à cet instant. Bien que je n'étais qu'une enfant, j'ignorais l'ampleur et la gravité de la situation...mais je sais qu'au fond de moi...la petite fille savait que ce qu'elle avait vécu ce soir là ne faisait pas partie de la normalité des choses.

J'ai placé rapidement un mur face à cet événement. Je me suis convaincue que c'était chose du passé, que cela n'avait plus d'importance, que j'étais forte et insubmersible...rien ne pouvait me faire couler. J'ai grandi en traînant ce secret, ce chapitre de ma vie que j'aurais aimé effacer. Un matin, je me suis levée et je suis restée figée par l'image qui se dessinait dans la glace. J'étais grosse, j'étais ronde, j'étais sale, j'étais laide...j'ai alors restreint la nourriture. Pour la première fois de ma vie, les regards étaient tournés vers moi, pour la première fois de ma vie, les gens s'inquiétaient pour moi. L'attention des autres à mon égard éveillaient en moi une certaine fierté envers les kilos que je perdais. À la maison, pour ne pas éveiller les soupçons, je mangeais, mais que très peu. Le matin, je partais à l'école sans manger et ne mangeais que très peu le soir. J'ai perdu des amis à cet époque. Ils me fuyaient, par incompréhension peut-être. Depuis ce temps, l'abandon, l'ignorance sont pour moi les deux choses les plus douloureuses. Encore aujourd'hui, je suis très sensible face à tout ça.

Après cette année de mon secondaire 2, mes parents ont accepté que je retourne à l'école publique. J'y ai retrouvé alors tous mes camarades, j'étais heureuse, j'étais bien. J'ai recommencé à me nourrir normalement et j'ai repris un poids relativement normal. J'ai découvert à ce moment le théâtre. Cet art qui me permettait d'être quelqu'un d'autre. Je me sentais privilégiée de pouvoir dire certaines paroles dans le corps de quelqu'un d'autre … des paroles que je ne pouvais pas me permettre de dire en étant moi-même. Malgré le fait que j'avais retrouvé une alimentation relativement saine, je restais cet être fragile et terriblement influençable. Je me comparais à tout le monde à l'époque. Mes amies étaient composées de danseuses de ballet jazz aux corps parfaits, de filles qui plaisaient à tous les garçons, de filles qui réussissaient dans tout ce qu'elles entreprenaient. Moi j'étais qui...je n'étais personne. À 16 ans, j'ai recommencé à restreindre mon alimentation, j'étais invisible, je voulais qu'on me voie. Je n'étais plus seulement celle qui faisait du théâtre, j'étais devenue celle qui ne mangeait pas...et ça me plaisait. Malheureusement, je me suis faite prendre à mon propre jeu, j'ai sombré, j'ai coulé et là pour plusieurs années. J'ai découvert que je pouvais maintenant manger, des quantités fulgurantes de nourriture et me faire vomir par la suite. J'étais aux anges, plus besoin de combattre la faim. Le sentiment de satiété que je ressentais après les purges était devenu une drogue. J'en voulais encore et encore. Je me suis isolée, j'étais triste, je n'avais plus le goût de rien. Un jour, j'ai perdu conscience dans les toilettes de l'école après avoir vomi. C'est une prof qui m'a trouvé, un ange m'a tendu la main pour la première fois, un ange m'a écouté. C'est elle qui est venue avec moi chez le médecin, qui m'a fait rencontrer la psychologue pour la première fois. C'est elle qui m'a fait prendre conscience que j'étais quelqu'un en dehors du trouble alimentaire.

Ma vie s'est mise alors à osciller de hauts et de bas. Je me suis mise à travailler dans un restaurant. Ç'a été le coup de grâce. Ma boulimie a pris encore plus de place, je me détestais de plus en plus, je me dégoutais. Je devais faire sortir cette souffrance. Mes crises n'étaient pas assez, je méritais de souffrir encore plus. Je suis partie de la maison familiale plus tard dans mon histoire pour le cégep. J'étudiais avec des gens qui avaient les mêmes intérêts que moi. Malgré le fait que j'avais tout pour être heureuse, j'étais malheureuse plus que tout. J'ai vu pendant ces années, médecins, psychologues, psychiatres, nutritionnistes, mais j'étais coincée au travers un cercle vicieux infernal, je me cherchais et j'ai rarement été aussi épuisée émotionnellement qu'à cet époque. Je mangeais et je me purgeais partout, n'importe quand. Tout tournait autour de la nourriture, ma vie ne prenait un sens que lorsque le poids descendait sur la balance. Je me fermais face aux gens qui voulaient me tendre la main. Mais je sais aujourd'hui que j'aurais tout donné pour que quelqu'un me prenne dans ses bras.

La plus grosse erreur que j'ai fait à cet instant dans mon histoire est de partir seule en appartement. J'étais maintenant à l'université. Une nouvelle vie, de nouveaux amis, personne n'était au courant de mon problème, j'étais libre, libre de tout. Personne ne soupçonnait rien, j'étais libre de mes gestes, libre de faire ce que je voulais. La nuit je me réveillais en sueur, j'avais faim, d'étranges crampes me réveillaient plusieurs fois par nuit. Un soir, je me souviens, j'ai mangé sans arrêt pendant 2 heures pour ensuite me rassasier et par la suite, j'ai recommencé une autre fois. C'est cette nuit que j'en ai eu assez. Cette nuit-là j'ai pleuré...beaucoup. J'ai supplié ma grand-mère de m'aider, de me donner du courage et j'ai écrit, j'ai tout écrit comme elle le faisait si bien. Elle m'a toujours répété que l'écriture pouvait devenir ma meilleure amie....elle avait raison. J'ai envoyé ce que j'avais écrit à quelqu'un, une personne que je connaissais à peine. Cette personne est devenue une amie, une deuxième mère, une soeur, elle est ma famille. C'est elle qui m'a empêché de me noyer. Malgré les embuches, le temps que cela a pris....elle ne m'a jamais laissé tomber, j'ai toujours eu sa main dans la mienne.

Aujourd'hui je vais mieux, beaucoup mieux. Avec le recul, je ne regrette rien, car j'ai trouvé en moi des forces insoupçonnées. Je ne serais pas celle que je suis devenue sans la maladie. Je suis encore fragile. J'ai peur du jugement des autres, j'ai peur de l'abandon, de l'ignorance, peur de décevoir. Je consulte toujours, pour moi, pour parler, pour avancer tout simplement. Je suis consciente que j'ai du chemin à faire avant d'avoir pleinement confiance en moi, mais je suis fière de celle que je suis devenue. J'ai deux baccalauréats, un en théâtre et l'autre en enseignement des arts...j'enseigne aux jeunes ce qui m'a sauvé d'une certaine manière. Sans les arts, sans le théâtre, sans mes livres, rien ne serait pareil...Ne perdez jamais espoir de vous en sortir un jour, la vie est belle malgré ce que nous pouvons croire à certains moments. Vous n'êtes pas seul(e)s. Parlez, osez parler. La lumière est si belle au bout de la route. J'ai 28 ans, cette histoire est la mienne et je sais qu'aujourd'hui, elle n'est qu'à son commencement.

V.T.
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Fondée en 1994 par Madame Nathalie St-Amour et Monsieur Christian Desjardins, la Clinique St-Amour est un centre spécialisé dans le traitement des troubles de l'alimentation tels que l'anorexie nerveuse, la boulimie, l'hyperphagie boulimique et tous les autres troubles de l'alimentation non spécifiques.  Nous accueillons des personnes provenant de toutes les régions.  Nous offrons des soins spécialisés avec la possibilité de suivre un traitement en thérapie externe ou d'effectuer un séjour de thérapie avec hébergement.

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Invité vendredi, 17 novembre 2017